Un bon remède : Histoire de Carles et Éva, d'après Gustave Flaubert

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avatar charliespankered

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Tout le monde
Éva devenait difficile, capricieuse ; elle se commandait des plats pour elle et n'y touchait point ; un jour elle ne buvait que du lait pur, et, le lendemain, des tasses de thé à la douzaine.
Elle ne cachait plus son mépris envers toute personne, et qui s'était même reporté sur son père quand il était venu amicalement rendre visite à son mari Carles qui l'avait si bien soigné quelques années auparavant ; cela leur avait permis, mais son plaisir de quitter la ferme paternelle fut bref, de faire connaissance. Elle fut pris d'un sentiment de satisfaction qui la surprit elle-même quand son père repartit chez lui.
Mais elle ne goûta pas pour autant de se retrouver seule avec son mari. Elle se mit à rêver plus encore d'une vie de tumultes et plaisirs, de bals, de princes charmants qui lui récitaient des vers, plutôt que d'écouter la conversation de Carles, qu'elle trouvait plate comme un trottoir de rue ; elle y voyait les idées de tout le monde qui défilaient dans leur costume ordinaire sans exciter quelque émotion que ce soit.
Elle pâlissait et avait des battements de cœur. Carles lui administra de la valériane et des bains de camphre ; mais tout ce que l'on essayait l'irritait davantage.
Elle se plaignait de vivre une triste bourgade, voulait déménager. Elle but du vinaigre pour se faire maigrir, contracta une petite toux sèche et perdit complètement l'appétit.
Il en aurait coûté à Carles d'abandonner ses patients, de renoncer à cette notoriété qui petit à petit prenait forme. Il se résolut à conduire Éva chez son ancien professeur de médecine qui en conclut à une maladie nerveuse.

Le professeur réussit à éloigner Éva en sonnant sa domestique qui la prit en charge et l'emmena à la cuisine, chargée de lui servir décoction calmante à base d'herbes.
Et , direct, clair, précis et concis il mit en main le marché à son ancien élève :
« Eh bien vous pouvez certes déménager ; cela lui conviendra, un certain temps ; puis elle inventera on ne sait quoi pour satisfaire ses envies qu'elle ne sait pas elle-même définir.
Le mieux serait pour rétablir les choses et chasser ces humeurs néfastes une bonne fessée.
Quelques études jusqu'à maintenant confidentielles montrent le bienfait de cette méthode. »

En ancien élève puis étudiant confiant dans le savoir de ses professeurs, soumis à leur autorité, Carles se trouva pris au dépourvu, incité qu'il était ainsi à se retrouver en position dominante.
« Cela vous fera à vous aussi le plus grand bien »
Le professeur avait par le passé bien cerné cet individu un peu falot, plutôt gauche, sujet aux moqueries pas toujours discrètes de ses condisciples, et même sans avoir eu vent de, avant les cours de médecine, son entrée très remarquée au collège, en cours d'année.
Mais le souvenir de la cravache qu' Éva l'avait aidé à retrouver quand il était pour la première fois venu soigner son père l'orienta à opter pour la fessée plutôt que pour le déménagement.

« Cherchez-vous quelque chose ?
-Ma cravache, s'il vous plaît », ce qui, venu en cavalier, n'avait rien de surprenant.
Elle avait fureté sur le lit, derrière les portes, sous les chaises ; elle était tombée à terre ; Éva l'avait aperçue; elle s'était penchée sur les sacs de blé . Carles, par galanterie, s'était précipité, et comme il avait allongé aussi son bras dans le même mouvement , il avait senti sa poitrine effleurer le dos de la jeune fille, courbée sous lui. Elle s'était redressée toute rouge et l'avait regardé par dessus l'épaule en lui tendant sa cravache.

« Eh bien ? À quoi donc pensez-vous ? »

Son professeur le tirait de cette rêveuse nostalgie d'une douce époque, quand lui et Éva pouvaient encore croire au bonheur. C'est tout décontenancé et encore perdu dans les brumes de son passé qu'il lui demanda si il fallait utiliser la cravache.

« C'est vous qui voyez, allez y donc modérément, alors. »

Rentrés chez eux Éva reprit ses caprices, ne voulut point dîner, monta dans la chambre, se déshabilla pour tenter de dormir, perdue dans ses aigreurs.

Elle entendit Carles monter d'un pas décidé qu'elle ne lui connaissait pas, lui qui était toujours à ses petits soins et évitait du mieux qu'il pouvait de la réveiller ou de la déranger quand il la rejoignait.

Avant qu'elle n'ait eu le temps de réaliser, il dégagea la literie, la saisit à bras le corps, retroussa la mince vêtement de nuit, la bloqua sous son bras et sans mot dire commença à lui asséner quelques vigoureuses claques sur le postérieur bien dénudé.

D'abord surprise, elle ne pensa pas même à avoir mal. Puis comme si son envie de sensations fortes se réalisait enfin, elle se mit à pousser de petits gloussements qui incitèrent Carles à poursuivre.

« Ah, mon ami, mais que vous prend- t-il donc ? Je ne vous ai jamais vu ainsi ! Aïe, mes fesses ! Oh là là ! Mais quelle audace !
- Il me prend que j'en ai assez, dévoué que je vous, suis, de devoir supporter vos caprices.
-Ah, en voilà un homme ! Vous m'aviez caché cela !
- Je vous fesserai ainsi à chaque scène que vous me ferez, compris ?
-Oui, mon cher. »

La position se faisait inconfortable, pour l'un comme pour l'autre. Carles s'assit, marqua une pause. Éva va d'elle même s'étendit en travers de ses genoux.

« Ne vous faites quand même pas mal aux mains ! »

La fessée reprit ; Éva se trémoussait, puis exprima les signes d'une profonde satisfaction.

Carles lui caressa doucement les cheveux.

« Et ta cravache ? Qu'en as -tu fait ? Encore égarée ?
- Ce sera pour une autre fois, je crois que tu as eu ton compte. »

Il se déshabilla et ils s'endormirent tendrement enlacés. Elle apprit à aimer son mari, qui n'était pas si nigaud qu'elle avait pu le penser ; elle oublia les irréels princes charmants.

De temps à autre une bonne fessée continua de sceller leur union. Ils furent heureux et eurent quelques enfants.
















Commentaires

avatar Juju
Les bienfaits en récit de la fessée !!! Il aurait du avoir l'idée avant, que de temps perdu !!!
avatar littledoyouknow67
c'est bien amené C'est drôle, vous avez une certaine façon de jeter le contexte sur la table qui est efficace et très sympathique. On lirait ça comme une petite nouvelle d'antan ^^ Votre style bien à vous donne toujours le sourire et une lecture fort agréable, un peu à votre image finalement. De plus, c'est assez réaliste comme situation, rire. Je me permets de vous laisser ce commentaire car je ne le fais pas souvent et que vous prenez toujours le temps de commenter mes textes. Je n'aime pas faire trop long mais j'avais envie de vous rendre toutes les ondes positives que m'ont inspiré votre petit écrit.

avatar charliespankered
Merci littledoyouknow67
Pour ce qui est de la "petite nouvelle d'antan" c'est bien vu : mais je n'ai eu que le mérite pour toute la mise en place jusqu' à l'intervention du professeur de médecine de copier presque mot pour mot un ouvrage paru en 1856 ; et j'ai inventé une suite différente en imaginant la fessée comme remède ; dans l'original, il est reconnu une maladie nerveuse mais la recommandation, qui sera suivie par le mari, est de déménager.
Si ça se lit bien, c'est que j'ai réussi le raccord, et j'en suis satisfait.

avatar littledoyouknow67
Ah je vois eh bien oui c'était bien réalisé. Merci en tout cas pour votre indéfectible bonne humeur
avatar charliespankered
Juju a dit : Les bienfaits en récit de la fessée !!! Il aurait dû avoir l'idée avant, que de temps perdu !!!

Tout à fait Juju !
Or dans l'original ni le professeur de médecine ni le mari n'envisagent la fessée, l' épouse continue de glisser sur la pente fatale de l'éternelle insatisfaction qu'elle tente de noyer dans l'adultère et les achats intempestifs, ce qui ne lui apporte que plus de déceptions et des dettes : et cela se termine fort mal.
Ainsi mieux vaut tard que jamais ! pour une salutaire fessée !
avatar LF
On sent bien que Carles et Éva doivent énormément à Charles et Emma, si je ne me fourvoie pas.

Ah si Charles avait en effet eu cette excellente idée, peut-être son mariage avec Emma aurait-il été beaucoup plus heureux ! Mais las... Il aurait dû aller consulter un ancien professeur !

J'aime beaucoup ce genre d'exercice, surtout s'il est -comme ici- bien réalisé.
avatar salamboflaubert
Comme quoi la fessée guérit bien des maux...
avatar charliespankered
Merci LF.
Bien sûr en Carles et Éva on reconnaît Charles, quelque peu hispanisé, et Emma : le couple Bovary. je n'ai tout de même pas osé restituer tels quels les prénoms.
J'ai largement recopié la fin de la première partie du roman d'origine, son chapitre IX.

https://flaubert.univ-rouen.fr/bovary/bovary_6/doc0/roman.html?fbclid=IwAR1uk6P7l5ME05xWko7ZD5-tO-_8vXCY4zCUb-FfIVmmGvf8xhF8naTe8ik

On y assiste à la transition du village de Toste où Emma s'ennuie vers, plus important, le bourg de Yonville, où l'adultère et les achats effrénés ne lui apporteront pas plus le bonheur.

Il est question en cette fin de chapitre et de partie mais en à peine deux lignes de l'ancien maître de Charles Bovary qui l' incite au déménagement :

« Il la conduisit à Rouen voir son ancien maître. C'était une maladie nerveuse : on devait la changer d'air. »

Et c'est là que je passe à ma version avec l'entretien incitant à la fessée et les réactions de Carles: « Il se résolut à conduire Éva chez son ancien professeur de médecine qui en conclut à une maladie nerveuse.
Le professeur réussit à éloigner Éva en sonnant sa domestique ... »

Les rêveries de Carles se souvenant d'Éva l'aidant à retrouver sa cravache sont fondées sur le chapitre II de cette première partie, avec là aussi restitution de passages ; et pour Carles plutôt « bêta », plutôt « nounouill »e comme l'indique arrivée au collège en cours d'année, je me suis inspiré du tout début du roman.

https://flaubert.univ-rouen.fr/bovary/bovary_6/doc0/roman.html?fbclid=IwAR1uk6P7l5ME05xWko7ZD5-tO-_8vXCY4zCUb-FfIVmmGvf8xhF8naTe8ik

J'ai complètement ignoré les deuxième et troisième parties totalisant environ trois cent soixante pages, la première atteignant à peine plus de cent en édition de poche.

Une fin heureuse et plaisante pour les adeptes de la fessée que nous sommes mais qui coupe court au génie de Flaubert
 : je vous laisse si vous le souhaitez à son génie.

https://flaubert.univ-rouen.fr/bovary/bovary_6/doc0/roman.html?fbclid=IwAR1uk6P7l5ME05xWko7ZD5-tO-_8vXCY4zCUb-FfIVmmGvf8xhF8naTe8ik


avatar charliespankered
salamboflaubert a dit : Comme quoi la fessée guérit bien des maux...

Tout à fait salamboflaubert : en traitement de choc en cas de crise aiguë, ce qui correspond à ce récit ; en traitement de fond pour maintenir un sain équilibre au long terme, ce que pratiquera Carles par la suite.
avatar JessiRose
La fessée sa aide à se rendre compte de se qu'on a et surtout sa aide à éviter les caprice incessant.
J'avoue que ce remède a deja fait cest preuve plus d'une fois sur moi. Sa me stopper mes caprice et de plus sa me dissuader de recommencer. Jusqu à que le remède ne fasse plus effet et que un rappel se fait désiré. Comme un vaccin
En tout cas très bon récit et j'adore se style ancien ou on se croirait au temp des Chevallier ^.^

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