LA TABLE, L’ÂNE ET LE BÂTON MERVEILLEUX

LA TABLE, L’ÂNE ET LE BÂTON MERVEILLEUX

Par charliespankered

Version fessologique d'un conte des frères Grimm

Il était une fois un tailleur qui avait trois fils et une chèvre. Comme la chèvre nourrissait toute la famille de son lait, il fallait lui donner de bon fourrage et la mener paître dehors tous les jours. C’était la besogne des fils, chacun à son tour. Un jour l’aîné la mena au cimetière, où il y avait de l’herbe magnifique, qu’elle brouta à son aise avec force gambades. Le soir, quand il fut temps de rentrer, il lui demanda : « La bique, es-tu repue ? » Elle répondit :
"Je suis bourrée,
Rassasiée,
Bé bée ! "
« Rentrons donc » dit le jeune homme ; et la prenant par sa longe il la mena à l’étable, où il l’attacha solidement. « Eh bien ! dit le vieux tailleur, la chèvre a-t-elle tout ce qu’il lui faut ?
— Oh ! dit le fils, elle est bourrée et rassasiée. »
Mais le père, voulant s’en assurer par lui-même, alla dans l’étable et se mit à caresser la chère bique en lui disant : « Biquette, es-tu bien repue ? » Elle répondit :
« Comment aurais-je pu manger ?
Sur les tombeaux je n’ai fait que sauter,
Sans voir un brin d’herbe à brouter.
Bé bé ! »
« Qu’est-ce que j’entends ! » s’écria le tailleur ; et sortant de l’étable il apostropha son fils aîné :
« Ah ! menteur ! tu m’as dit que la chèvre était rassasiée et tu l’as laissée jeûner. » Dans sa colère, il agrippa son fis au collet et le chassa sans ménagement de la maison .
Le lendemain, c’était le tour du second fils. Il chercha, le long de la haie du jardin, une place bien garnie de bonne herbe ; et la chèvre la tondit jusqu’au dernier brin. Le soir, quand il s’agit de rentrer, il lui demanda : « La bique, es-tu repue ? » Elle répondit :
« Je suis bourrée,
Rassasiée,
Bé bée ! »
« Rentrons donc, » dit le jeune homme ; et il la mena à l’étable, où il l’attacha solidement.
« Eh bien ! dit le vieux tailleur, la chèvre a-t-elle tout ce qu’il lui faut ?
— Oh ! dit le fils, elle est bourrée et rassasiée. » Le tailleur, qui voulait voir les choses par lui-même, alla dans l’étable et demanda : « Biquette, es-tu bien repue ? » Elle répondit :
« Comment aurais-je pu manger ?
Sur les fossés je n’ai fait que sauter,
Sans voir un brin d’herbe à brouter,
Bé bé ! »
« Le misérable ! s’écria le tailleur ; laisser jeûner une si douce bête ! » Et de la même façon que le premier il mit son second fils à la porte.
Le lendemain, ce fut le tour du dernier fils, qui, pour bien faire les choses, chercha des taillis garnis de belles feuilles, et mit la chèvre à brouter à même. Le soir, quand il s’agit de rentrer, il lui demanda : « La bique, est-tu repue ? » Elle répondit :
« Je suis bourrée,
Rassasiée,
Bé bée ! »
« Rentrons donc, » dit le jeune homme ; et il la mena à l’étable, où il l’attacha solidement.
« Eh bien ! dit le vieux tailleur, la chèvre a-t-elle tout ce qu’il lui faut ?
— Oh ! dit le fils, elle est bourrée et rassasiée. »
Mais le tailleur, qui n’avait plus de confiance, alla à retable et demanda : « Biquette, es-tu bien : repue ? » La méchante bête répondit :
« Comment aurais-je pu manger ?
Parmi les champs je n’ai fait que sauter,
Sans voir un brin d’herbe à brouter,
Bé bé ! »
« Engeance de menteurs ! s’écria le père ; aussi fourbes et aussi dénaturés les uns que les autres ! Mais je ne serai plus leur dupe ! » Et, hors de lui de colère il jeta son dernier fils hors de la maison.
Le vieux tailleur restait désormais tout seul avec sa chèvre. Le lendemain, il alla dans l’étable et se mit à la caresser en disant : « Viens, chère biquette, je vais te mener paître moi-même. » Il la prit par sa longe et la conduisit le long des haies vertes, aux places où poussait l’herbe à mille feuilles et aux autres endroits qui plaisent aux chèvres. « Cette fois, lui dit-il, tu peux t’en donner à cœur-joie. » Et il la laissa paître jusqu’au soir. Alors il lui demanda : « La bique, es-tu repue ? » Elle répondit :
« Je suis bourrée,
Rassasiée,
Bé bée ! »
« Rentrons donc, » dit le tailleur ; et il la mena à retable, où il l’attacha solidement. En sortant, il se retourna encore pour lui répéter : « Cette fois, tu es bien repue ? » Mais la chèvre ne le reçut pas mieux que les autres ; elle lui répondit :
« Comment aurais-je pu manger ?
De tout le jour je n’ai fait que sauter,
Sans voir un brin d’herbe à brouter,
Bé bé !»
Le tailleur, en entendant cela, fut bien surpris ; il reconnut qu’il avait chassé ses fils injustement. Et s'en alla vendre la chèvre au boucher.
Seul chez lui, il tomba dans un grand chagrin. Il aurait bien voulu rappeler ses fils ; mais personne ne savait ce qu’ils étaient devenus.
L’aîné s’était mis en apprentissage chez un menuisier. Il apprit le métier avec ardeur, et, quand il eut atteint l’âge voulu pour faire sa tournée, pour entreprendre son compagnonnage afin de se perfectionner auprès d'autres menuisiers, son maître lui fit présent d’une petite table en bois commun et sans apparence, mais douée d’une précieuse propriété. Quand on la posait devant soi et qu’on disait : « Table, couvre-toi, » elle se couvrait à l’instant même d’une jolie nappe en toile bien blanche, avec une assiette, un couteau et une fourchette, des plats remplis de mets de toute sorte, autant qu’il y avait de place, et un grand verre plein d’un vin vermeil qui réjouissait le cœur. Le jeune compagnon se crut riche pour le reste de ses jours, et se mit à courir le monde à sa fantaisie, sans s’inquiéter si les auberges étaient bonnes ou mauvaises et s’il y trouverait ou non de quoi dîner. Et même, quand l’envie lui en prenait, il n’entrait nulle part, mais en plein champ, dans un bois, dans une prairie, il posait sa table devant lui, et en lui disant seulement : « Couvre-toi, » il était servi au même moment.
Il eut enfin l’idée de retourner chez son père, espérant qu’il trouverait sa colère apaisée et qu’avec la table merveilleuse il serait bien reçu. Sur sa route, il entra un soir dans une auberge qui était pleine de voyageurs ; ils lui souhaitèrent la bienvenue et l’invitèrent à se mettre à table avec eux, parce qu’autrement il aurait bien de la peine à trouver de quoi manger : « Non, répondit-il, je ne veux pas de votre écot, mais je vous invite à prendre part au mien. »
Ils se mirent à rire, croyant qu’il voulait plaisanter ; cependant il dressa sa table au milieu de la salle et dit : « Table, couvre-toi. » Aussitôt elle fut couverte de mets comme il n’en était jamais sorti de la cuisine de l’auberge, et dont le fumet chatouillait agréablement l’odorat des convives, « Allons, messieurs, s’écria-t-il, à table ! » Voyant de quoi il s’agissait, ils ne se firent pas prier, et, le couteau à la main, ils se mirent à fonctionner bravement. Ce qui les étonnait le plus, c’était qu’à mesure qu’un plat était vide, un autre tout plein le remplaçait à l’instant. L’hôte était dans un coin et voyait tout cela sans savoir qu’en penser ; seulement il se disait qu’un pareil cuisinier lui serait fort utile dans son auberge.
Le menuisier et son aimable compagnie passèrent joyeusement une partie de la nuit ; à la fin ils allèrent se coucher, et le jeune homme, en se mettant au lit, posa près du mur sa table merveilleuse. Mais l’hôte avait des pensées qui l’empêchaient de dormir ; il se souvint qu’il y avait dans son grenier une vieille table toute pareille. Il alla la chercher sans bruit et la mit à la place de l’autre. Le lendemain, le menuisier, après avoir payé pour la nuit qu’il avait passée, prit la table sans s’apercevoir de la substitution et continua son chemin.
A midi, il arriva chez son père, qui le reçut avec une grande joie. « Eh bien, mon cher fils, lui demanda-t-il, qu’as-tu appris ?
— L’état de menuisier, mon père.
— C’est un bon métier, répliqua le vieillard ; mais qu’as-tu rapporté de ta tournée ?
— Père, la meilleure pièce de mon sac, c’est cette petite table. »
Le tailleur la considéra de tous côtés et lui dit : « Si c’est là ton chef-d’œuvre, il n’est pas magnifique ; c’est un vieux meuble qui ne tient pas debout.
— Mais, répondit le fils, c’est une table magique : quand je lui ordonne de se couvrir, elle se garnit des plats les plus excellents, avec du vin à réjouir le cœur. Allez inviter tous nos parents et amis à venir se régaler ; la table les rassasiera tous. »
Quand la compagnie fut réunie, il posa sa table au milieu de la chambre et lui dit : « Table, couvre-toi. » Mais elle n’entendit pas ses ordres et resta vide comme une table ordinaire. Alors le pauvre garçon s’aperçut qu’on l’avait changée, et resta honteux comme un menteur pris sur le fait. Les invités, famille et amis se moquèrent de lui et s’en retournèrent chez eux sans avoir bu ni mangé. Le père reprit son aiguille et son dé, et le fils se mit en condition chez un maître menuisier.
Le second fils était entré en apprentissage chez un meunier. Quand il eut fini son temps, son maître lui dit : « Pour te récompenser de ta bonne conduite, je te veux donner un âne. Il est d’une espèce particulière, et ne supporte ni le bât ni l’attelage.
— A quoi donc est-il bon ? demanda le jeune homme.
— Il produit de l’or, répondit le meunier ; tu n’as qu’à le faire avancer sur un drap étendu, et qu’à prononcer « bricklebrit » ; la bonne bête te fera de l’or, par devant et par derrière.
— Voilà un merveilleux animal, » dit le jeune homme.
Il remercia son maître et se mit à courir le monde. Quand il avait besoin d’argent, il n’avait qu’à dire à son âne « bricklebrit » : les pièces d’or pleuvaient sans lui donner d’autre peine que celle de les ramasser. Partout où il allait, le meilleur n’était pas trop bon pour lui et le plus cher était son lot, car il avait toujours là bourse pleine.
Après avoir voyagé quelque temps, il pensa que la colère de son père devait être apaisée, qu’il pouvait l’aller retrouver et qu’avec son âne il en serait bien reçu. Il entra sans le savoir dans la même auberge où son père avait déjà perdu sa table. Il menait son âne en laisse ; l’hôte voulut le prendre et l’attacher, mais le jeune homme lui dit : « Ne vous donnez pas cette peine, je vais moi-même attacher mon grisou à l’écurie, parce que je veux toujours savoir où il est. »
L’hôte, assez surpris, supposait qu’un voyageur qui voulait soigner lui-même son âne n’allait pas faire grande dépense. Mais quand l’étranger, mettant la main à la poche, en eut tiré deux pièces d’or et lui eut recommandé de lui servir du bon, il ouvrit de grands yeux et se mit à chercher ce qu’il avait de meilleur. Après dîner, le voyageur demanda ce qu’il devait ; l’hôte n’épargna rien pour grossir la note, et répondit qu’il lui fallait encore deux pièces d’or. Le jeune homme fouilla à sa poche, mais elle était vide. « Attendez un instant, dit-il, je vais chercher de l’argent ; » et il sortit en prenant la nappe avec lui.
L’hôte ne comprenait rien à ce que cela voulait dire, mais il était curieux ; il suivit le voyageur, et, quand celui-ci eut verrouillé derrière lui la porte de l’écurie, il y regarda par une fente. L’étranger étendit la nappe sous l’âne, prononça « bricklebrit », et aussitôt la bête fit tomber de l’or par devant et par derrière ; il en pleuvait.
« Malpeste ! se dit l’hôte, des ducats tout neufs ! Un pareil trésor n’est pas pour faire tort à son maître ! »
Le jeune homme paya sa dépense et alla se coucher ; mais l’aubergiste, se glissant la nuit dans l’écurie, enleva le grison qui battait monnaie, et en mit un autre à sa place.
Le lendemain matin, le jeune homme prit l’âne et se remit en route, croyant bien que c’était sa bête magique. A midi il arriva chez son père, qui se réjouit de le revoir et le reçut à bras ouverts.
« Qu’es-tu devenu, mon fils ? demanda le vieillard.
— Je suis meunier, cher père, répondit-il.
— Que rapportes-tu de ta tournée ?
— Rien qu’un âne.
— Il y a bien assez d’ânes chez nous, dit le père, tu aurais mieux fait de nous ramener une bonne chèvre.
— Mais, reprit le fils, ce n’est pas une bête comme une autre ; c’est un âne magique. Je n’ai qu’à dire « bricklebrit, » et aussitôt il en tombe des pièces d’or de quoi remplir un drap ; faites venir tous nos parents, je vais les enrichir tous d’un seul coup.
— Voilà qui me plaît, dit le tailleur ; je ne me fatiguerai plus à tirer l’aiguille. « Et il alla bien vite chercher famille et amis.
Dès qu’ils furent réunis, le meunier se fit faire place, étendit un drap et amena son âne au-dessus. « Maintenant, dit-il, attention ! « bricklebrit » » Mais l’âne n’entendait rien à la magie, et ce qu’il fit tomber sur le drap ne ressemblait guère à des pièces d’or. Le pauvre meunier vit qu’on l’avait volé, et, faisant bien triste mine, il demanda pardon aux invités qui s’en retournèrent chez eux aussi gueux qu’ils étaient venus. Son père fut obligé de reprendre son aiguille ; le fils se plaça comme domestique dans un moulin.
Le troisième frère s’était mis en apprentissage chez un tourneur, et, comme le métier est difficile, il y resta plus longtemps que ses deux aînés. Quand il eut fini son apprentissage et que le temps de voyager fut pour lui venu, son maître, pour le récompenser de sa bonne conduite, lui donna un sac dans lequel il y avait un gros bâton. « Le sac peut bien me servir, dit-il, je le mettrai sur mes épaules ; mais à quoi bon ce bâton ? il ne fait que l’alourdir.
— Je vais t’apprendre son usage, répondit le maître ; si quelques gens te font du mal, tu n’as qu’à dire ces mots : « Bâton, hors du sac ! » Tu verras, c'est amusant . Le jeu ne cessera que quand tu auras dit : « Bâton dans le sac ! »
Le soir même le jeune tourneur arriva sans le savoir à l’auberge où ses frères avaient été dépouillés. L'hôte remarqua l'attention qu'il portait à son sac, qu'il ne quittait pas, et pas même des yeux.
« Qu’est-ce que cela peut bien être ? pensait-il ; sans doute son sac est plein de choses précieuses. Je voudrais bien le réunir à l’âne et à la table, car toutes les bonnes choses vont par trois. »
Lorsqu’on se coucha, le jeune homme s’étendit sur un banc et mit son sac sur sa tête en guise d’oreiller. Quand l’aubergiste le crut bien endormi, il s’approcha de lui tout doucement et se mit à tirer légèrement sur le sac pour essayer s’il pourrait l’enlever et en mettre un autre à la place.
Mais le jeune tourneur, méfiant, le guettait depuis longtemps, et au moment où le voleur donnait une forte secousse, il s’écria : « Bâton, hors du sac ! » et aussitôt le bâton jaillit ; mais il lui avait poussé à une extrémité comme une sorte de chevelure constituée de grosses lanières de cuir qui en faisaient un puissant martinet et un peu en dessous deux crochets qui, agissant comme des mains déculottèrent promptement l'hôtelier, arrachant les vêtements plus que les abaissant ; et à l'autre extrémité s'était formée une corde qui comme une queue s'enroula autour des chevilles du voleur et l'immobilisa ; il restait de plus assez de longueur pour aussi, quand le bonhomme tenta de s'opposer à la descente de son pantalon, lui attacher les poignets derrière le dos : il ne restait plus à l'hôtelier après ces rapides préparatifs qu'à recevoir une cinglante et magistrale fessée.
Celle-ci ne se fit pas attendre, et à la douleur et la honte s'ajouta le ridicule quand les clients, réveillés, vinrent voir ce qui se passait. Bien que sanglé par la corde l'aubergiste se tordait de douleur, sautillait sur place ; au bout de celle-ci, dont la longueur pouvait vraisemblablement s'adapter à la taille de chaque puni, ou punie, le martinet avait gardé suffisamment d'amplitude et zébrait frénétiquement de rouge le postérieur dénudé ; près de tomber l'aubergiste pour éviter une chute qui aurait pu lui rompre quelque os s'agenouilla et tout en continuant d'être bien fessé se trouva ainsi dans une position propice à implorer le pardon.
Le jeune tourneur profita de la situation pour mener son interrogatoire : « Dis-moi, aubergiste, qu'as-tu volé ? Ces derniers temps ?
_Oh, pas grand-chose, une petite table, un âne…
_Pas grand-chose ? Alors pourquoi as-tu volé cette table ? et cet âne ? Si c'était sans valeur ? »
Et l'aubergiste avoua, entre deux hoquets de douleur, que la table et l'âne étaient magiques. Le jeune tourneur fit le rapprochement : si il avait eu en cadeau ce bâton magique, cette table et cet âne avaient pu être offerts à ses frères ; il demanda à son hôte de les décrire.
— Je vais tout expliquer, pleurnicha l’hôtelier d’une voix faible, et je rendrai tout ; fais seulement rentrer dans le sac ce diable maudit.
— Ce serait pourtant justice de continuer, dit le compagnon, mais je te fais grâce ; je t'écoute, mais si tu mens, je reviendrai. » Puis il ajouta : « Bâton, dans le sac ! » et le martinet revenu à l'état de simple bâton obtempéra.
L'aubergiste poursuivit dans le ridicule en tentant de réajuster à la hâte ses vêtements, et une dame fit remarquer que ce n'était pas la peine de se dépêcher maintenant qu'on avait tout vu.
La description qu'il donna correspondait bien aux deux frères et il indiqua les formules magiques pour obtenir un bon repas et des pièces d'or.
Le lendemain le jeune tourneur se remit en route pour la maison familiale, muni de provisions fournies gratuitement par l'aubergiste en guise de dédommagement et en emportant bien sûr son sac, ainsi que l'âne et la table de ses frères.
Le tailleur se réjouit de le revoir et lui demanda ce qu’il avait appris.
— Cher père, répondit-il, je suis devenu tourneur.
— Bel état, dit le père ; et qu’as-tu rapporté de tes voyages ?
— Une belle pièce, cher père ; un bâton dans un sac.
— Un bâton ! s’écria le père ; c’était bien la peine ! il y en a autant dans tous les bois.
— Mais pas comme le mien, cher père ; quand je lui dis : « Bâton, hors du sac ! » il s’élance sur ceux qui me veulent du mal, se transforme en fouet, les déculotte et les fesse jusqu’à ce qu’ils crient grâce. Avec cet instrument-là, voyez-vous, j’ai recouvré la table et l’âne que ce voleur d’hôte avait dérobés à mes frères. Faites-les venir tous les deux et allez inviter tous nos amis et toute notre famille, je veux les régaler et remplir leurs poches.
Le vieux tailleur alla chercher ces gens, bien qu’il n’eût plus grande confiance. Le tourneur étendit un drap dans la chambre, y amena l’âne et invita son frère à prononcer les paroles sacramentelles. Le meunier dit : « bricklebrit », et aussitôt les pièces d’or de tomber dru comme grêle, et la pluie ne cessa que quand chacun en eut plus qu’il n’en pouvait porter. ( LOL vous auriez bien voulu être là, ami lecteur.) Ensuite le tourneur prit la table et dit à son frère le menuisier : « A ton tour, maintenant. » A peine celui-ci eut-il prononcé : « Table, couvre-toi, » qu’elle fut servie et couverte des plats les plus appétissants. Il y eut alors un festin comme jamais le vieillard n’en avait vu dans sa maison, et toute la compagnie resta réunie et en fête jusqu’à la nuit. Le tailleur serra précieusement dans une armoire son aiguille et son dé et vécut en paix et en joie avec ses trois fils.
La table et l'âne servaient régulièrement : mais le bâton, prêt sur demande à se transformer en martinet ? L'histoire avait quand même circulé parmi les invités, et une amie et voisine d'une cousine vint un jour en parler au jeune tourneur ; il voulut savoir auprès de qui cet instrument magique allait servir ; en rougissant la jeune femme lui expliqua que c'était pour elle, qu'elle se sentait le besoin d'être recadrée, stimulée, sentant la paresse l'envahir, et que ce serait une bonne thérapie.
« Bon, d'accord, mais il n'obéit qu'à moi, ce bâton, comme la table n'obéit qu'à mon frère menuisier et l'âne au meunier ; il faut que je sois là, que je regarde.
_Ne me dis pas que ça va te déplaire ? de regarder ? Et ça te changera de l'aubergiste.
_Mais...ici ? Et devant les gens du village qui vont venir eux aussi venir regarder  ?
_ Ah non, on se retrouve ce soir un peu avant le coucher de soleil dans le vallon qui débouche à la clairière aux fées. »
Le jeune homme eut du mal à se concentrer sur ce qu'il entreprit en cette fin de journée et sans, bien que troublé, oublier le fameux sac, partit plutôt en avance vers la clairière aux fées et attendit dans le vallon ; elle ne tarda pas non plus à arriver, comme pressée d'en finir, avec ce à quoi elle s'était elle-même condamnée.
Après quelques échanges et considérations comme si de rien n'était, comme pour se mettre à l'aise, c'est elle qui rappela pourquoi ils étaient tous les deux là, en demandant ce qu'elle avait à faire, si elle avait quelque chose à faire.
« Je vais m'asseoir en travers de ce tronc d'arbre abattu et tu viendras t'allonger en travers de mes genoux ; l'aubergiste était debout mais a failli tomber ; je te tiendrai fermement, tu ne risques rien...côté chute !
_Ah ? Mais je risque quoi ?
_ D'avoir bien mal aux fesses, c'est du sérieux, tu sais. Je pourrais simplement te donner quelques bonnes claques, à la main…
_Non non non, je ne renonce pas , je ne flanche pas ; et je suis une vilaine fille, à venir ici retrouver un homme. »
Même comme jeune femme ce genre d'escapade était plutôt mal vu, et les forêts n'étaient pas toujours bien sûres.
Il s'assit et elle prit position.
« Cela dure longtemps ?
_ Ce sera selon mon bon vouloir...bâton, hors du sac ! » 
L'instrument s'adapta à la situation, releva les habits, jupe, jupon ; les crochets étaient cette fois plus longs, et ce fut fait sans précipitation ; de même pour tranquillement déboutonner le petit pantalon de tissu et en écarter les deux pans ; les fesses tranquillement mises à nu la fessée commença.
Lentement mais sûrement les lanières frappaient à coup réguliers, s'étalant bien lors de l'impact ; le martinet se relevait comme pour reprendre son souffle et retombait comme un métronome réglé sur moderato.
Il la tenait par la taille et au bout de quelques cinglades la punie le prit par la main restée libre, s' y cramponnant. Les premiers impacts l'avaient comme amusée, elle avait poussé de petits cris plutôt pour la forme, puis vinrent les gémissements. Elle se mit à remuer les hanches, à se contorsionner, puis son corps se raidit, se crispa, et s'affala alors que les gémissements devenaient de profonds soupirs ; il comprit, bien que non expérimenté, qu'elle avait atteint un sommet, et il mit fin à la fessée.
 « Bâton dans le sac ! ».
Elle poussait de longs soupirs, comme soulagée que ce soit fini, et laissant paraître une certaine satisfaction. Il lui caressa doucement les fesses, bien zébrées, avec les marques des lanières, ce n'était pas allé jusqu'au stade du rouge uniforme. Il continuait de la maintenir d'un bras et elle guida la main restée libre sous son corps ; celle-ci entreprit d'autres caresses alors que côté dos les fesses continuaient d'y avoir droit ; la satisfaction fut alors plus que certaine.
Comme repue elle resta ainsi quelque temps, puis s'agenouilla et dit « bâton hors du pantalon » ; il ne se fit pas prier pour se laisser dégrafer et elle lui montra à pleine bouche combien elle entendait lui aussi le satisfaire.
Ils rentrèrent chacun de leur côté en se promettant bien de se revoir : ce qui se fit.
Intrigués, ayant repéré les allées et venues, les deux frères cherchèrent à en savoir plus, mais là commence une autre histoire.