La proprio

La proprio

Par francoisfabien

Une illustration en mots de "La méchante" de Doz.

Rester chez les parents de Clotilde, c’était plus possible.
– On n’est pas à notre main, attends !
– Et puis ces réflexions, sans arrêt, à propos de tout. On n’a plus douze ans.
Et on s’est mis à chercher un appart. Pas trop loin de la fac, mais pas trop loin de son boulot non plus. Ni du mien. Ni des commerces.
– Ça va être compliqué.
Ça l’était. C’était minuscule. Ou insalubre. Ou hors de prix. Mais dans tous les cas…
On était sur le point de renoncer quand… le truc de ouf. Spacieux. Clair. Hyper bien situé. Au premier étage. Avec vue sur un parc immense. Le rêve. Sauf que, forcément, ça allait pas être pour notre bourse.
On a tout de même demandé le prix. Sans grand espoir.
La propriétaire, qui nous faisait elle-même visiter, nous a longuement considérés. A paru réfléchir. S’est enfin décidée.
– Je vous le laisse à titre gracieux.
On s’est regardés, Clotilde et moi, stupéfaits.
– Hein ? Mais…
– Mais j’y mets des conditions. Vous tiendrez cet appartement rangé et en ordre. Je viendrai de temps à autre vérifier. Vous vous y comporterez de façon irréprochable. Pas de raffût après dix heures du soir. J’habite juste en-dessous. Je veux pouvoir dormir. À la moindre incartade, de quelque nature qu’elle soit, je sévirai. C’est à prendre ou à laisser.
Elle nous a tendu un contrat.
– Lisez ça à tête reposée et donnez-moi votre réponse avant, disons, demain midi.

J’étais partagé. Parce que, bien sûr, cet appartement était on ne peut plus tentant. Mais, d’un autre côté, être fouetté, le cas échéant, comme un gamin, ne m’enthousiasmait guère. Et on savait à quoi on était exposés. C’était spécifié dans l’exemplaire du contrat qu’elle nous avait laissé. Noir sur blanc. « Au cas où les locataires manqueraient à leurs obligations, telles que définies aux paragraphes 1 à 8, la propriétaire leur administrerait le martinet sans qu’ils aient la possibilité de s’y soustraire. »
Clotilde, elle, ne partageait pas mes appréhensions.
– C’est inespéré, attends ! Jamais on retrouvera une occasion pareille. Jamais…
– Oui, mais si…
– Il y a pas de raison. Maintenir la maison propre, j’en fais mon affaire. Elle trouvera rien à nous reprocher. Quant à faire du barouf, c’est pas vraiment notre style. Non, tout se passera bien, j’te dis ! Il y aura pas de problème.
Et on a signé.

Les trois premières semaines ont été idylliques. On profitait de nous. De l’espace. De la vue par les grandes baies vitrées. On regrettait pas. Ah, non alors !
– Qu’est-ce qu’on est bien !
– Tu vois, je t’avais dit.

Et puis, il y a eu ce samedi soir-là. Le soir des vingt-quatre ans de Clotilde. Où quatre copines et copains nous sont tombés dessus.
– Bon anniversaire !
– C’est gentil, mais…
– Allez, on fête ça !
Ils avaient apporté du champagne, du whisky, de la bière, une forêt noire.
Le moyen de les foutre dehors dans ces conditions ?
Pas moyen non plus de leur expliquer qu’on risquait de se prendre une fessée. Pour quoi on aurait passé. On aurait été la risée de tout un tas de gens pendant des mois. Et on a fait contre mauvaise fortune bon cœur.
La soirée a été bruyante. De plus en plus bruyante au fur et à mesure que verres et bouteilles se vidaient. Ça a ri. Ça a crié. Ça a chanté. On a bien essayé, à plusieurs reprises, d’obtenir qu’ils la mettent en sourdine, mais sans succès.
– Oh, les voisins ! Tu parles, les voisins. C’est samedi. Et puis vous avez le droit de faire du bruit une fois par mois n’importe comment.
On a baissé les bras.
Quand ils sont partis, il était trois heures du matin. Et l’appartement était dans un désordre indescriptible.
– Oui, ben on verra ça plus tard. Je suis crevée.

Le lendemain, sur le coup de huit heures, on a sonné. Insisté.
– Qui ça peut être ?
– Elle, tiens ! Qui tu veux d’autre ?
– Il y a qu’à pas ouvrir.
– C’est reculer pour mieux sauter.
Et j’y suis allé.
Elle avait le martinet à la main. Elle m’a à peine salué, a filé, d’un pas décidé, vers la chambre.
– Tu te lèves, toi ! Et tu te dépêches !
Clotilde a obtempéré.
– Là ! Et maintenant vous vous mettez le cul à l’air. Tous les deux. Allez !
On s’est exécutés, la mort dans l’âme.
Elle nous a fait agenouiller, côte à côte, au pied du lit. Et elle a cinglé. Fort. Une fois Clotilde, une fois moi. En alternance. De plus en plus fort. On s’est pris la main. On s’est entrecroisé les doigts. On se les est serrés. Elle ne disait rien. Pas un mot. Elle tapait. Elle se contentait de taper. Ça cuisait. Ça mordait. Ça brûlait. C’est moi qui, le premier, ai commencé à gémir. Et puis presque aussitôt Clotilde. Ensemble. Ça a duré. Longtemps. Et puis ça s’est arrêté d’un coup. Et elle est repartie comme elle était venue. La porte a claqué.

On s’est vigoureusement frotté les fesses.
– Hou, la vache !
On s’est relevés. On est tombés dans les bras l’un de l’autre. Et elle a doucement pleuré contre mon épaule.
– Là… Là… C’est tout. Ça va passer. Viens !
Dans le lit où on s’est blottis l’un contre l’autre. Elle m’a posé une main sur les fesses.
– Elles sont brûlantes.
– Et les tiennes, donc !
On s’est serrés plus fort.
– Tu bandes !
– Et toi, tu mouilles…
Son plaisir est venu vite. Très vite. Revenu. Un plaisir intense qu’elle a proclamé à grandes trilles éperdues.
– Eh, ben, dis donc !
Elle m’a posé un doigt sur les lèvres.
– Chut ! Dis rien ! Mais par contre, ce qu’on pourrait peut-être, c’est réinviter des copains le week-end prochain, non ?