La lectrice en rouge et noir

La lectrice en rouge et noir

Par insolite

Ça fait un moment que je devrais reprendre ma plume …

Mais je suis si infiniment distrait, toujours à rêver, attiré par la moindre circonstance passagère …

Je la regarde ma plume… et je vois un oiseau… et puis un ciel… un paysage en dessous…
un voyage…

Hop ! Envolées les bonnes intentions … ha Dieu ! je n’ai jamais vraiment réussi à être sage …

Tenez, en ce moment, sur la terrasse du grand café Diderot…il y a là à quelques mètres une jeune dame qui lit devant un café… elle a une jupe noire, étoffe légère, et un haut rouge très discrètement décolleté… je n’arrive pas à voir ses chaussures cachées par le pied de la table mais je les suppose assorties, élégantes, et sans ostentation à l’image même de la « lectrice » comme je l’ai déjà nommé tout à fait abusivement dans ma tête…

Elle a un air studieux, sérieux, mais peut être un tout petit peu démenti par une élégance dans la façon de tourner la page, à moins que ce ne soit cette jambe croisée légère sous l’étoffe, ou qui sait, un parfum de douceur dans le regard à lire…

A bien y penser, ce n’est pas la première fois que je croise cette lectrice … j’ai du la voir ailleurs dans une autre tenue… quelque chose de discrètement osé aussi… une robe sombre ? des fleurs verveine? Un gilet boléro ? je dois confondre… c’était dans un hall d’exposition… ça n’a sûrement rien à voir…

Sur la terrasse du grand café… je laisse se « reposer » mon regard… La lectrice est si attentive à son texte qu’elle ne saurait me voir… qui est elle donc ?… où vont ses songes ?… et que lit -elle ?…

En toute liberté, je laisse mes interdits vagabonder… son roman ne doit pas être si sage … il doit se cacher sous cet air discret quelque chose de bien plus sulfureux… des sous vêtements dentelle noire peut être ?… non ce serait trop convenu… peut être un peu de bleu lavande ou de nacre soyeuse… avec quelques broderies… ça c’est certain… il faudrait lui demander … elle doit délicieusement rougir… ça ne doit rien gâcher… oui, ça doit même être tout à fait délicieux…

Toujours dans mon songe… et détaché de mes obligations d’écriture… j’ai envie de retourner ma plume et d’aller l’effleurer au long du cou… peut être à la cheville en une remontée stratégique vers la nacre ou la lavande … mais non enfin reprends toi ! …il y a du monde sur cette terrasse !…

Le mieux, ce serait bien évidemment de la décontenancer … « comment Mademoiselle , vous lisez des textes licencieux à la vue de tous ! » « vous n’avez pas honte ? » « savez vous ce que cela mérite ? »… ha ! …comme il doit être agréable de voir un monde basculer, le livre se cacher brusquement… entendre son « mais heuuu enfin non voyons »… non non ! il ne faut pas faire cela !… ce n’est pas permis… et puis, ce n’est pas élégant…

Lui laisser un petit mot peut être ? « Mademoiselle , suivez moi , je dois vous châtier pour votre outrecuidance ! »… oui c’est cela ! Un monde littéraire , de l’écriture .., et sans même aucune explication… le châtiment est nécessaire… c’est une nécessité impériale… il doit y avoir une ombre Joséphine coupable sur cette histoire à suivre…

Et la voilà… sans transition… directement dans le salon… le scenario le veut… avec ses yeux baissés… et son écoute tout à fait attentive …

– Que méritez vous Mademoiselle ?

– Heuuu, je mérite une … fessée Monsieur ?…

– Ha oui ? Et quelle couleur cette fessée ? dîtes moi…

– Heuuu… flamboyante Monsieur ?

– C’est dans votre livre que vous avez appris cela?

– Oui Monsieur…

– Et après Mademoiselle ?

-Et bien Monsieur , il faudra que je reste exposée peut être ?…

– C’est encore votre livre qui vous a renseigné ?

– Heuuu non Monsieur, c’est sur un site consacré à la chose que…

– Ha oui ! en plus , vous fréquentez les sites de perdition !

– Heuuu… oui ,Monsieur…

– C’est tout ?

– Heuuu ai-je droit à mon carnet secret Monsieur ?

– Non vous n’y avez pas droit ! Mais vous viendrez me murmurer tout cela après le châtiment…

– Bien- sûr Monsieur, je suis votre humble et dévouée servante…

– et ?…

– Et… je suis toute à vous Monsieur…

– C’est bien Mademoiselle , approchez vous de mes genoux…

– Ainsi Monsieur ?…

– Oui , ainsi et non, non , ce n’est pas la peine de soulever votre jupe noire … soulever et abaisser reste mon privilège !…

Clip ! Clip ! Clip !

Hupsss !!!! reprenons nous ! Toute cette histoire m’a complètement échappée au fil des mots ! Mon imagination me jouera vraiment tous les tours ! Et puis ce rouge et noir Stendhalien a quelque chose de vraiment diabolique, je crois !

Jolie terrasse à Diderot… je me lève donc… et je passe devant la belle… et je tourne imperceptiblement la tête vers elle…

« mais non ?… ai-je vraiment rêvé ? A -t-elle vraiment relevé la tête pour m’envoyer ce si délicieux sourire ?… »

Ha !… décidément… je n’arriverai jamais un jour à être sage !!!…