Comment Jean de Meung évita la fessée

Fesséeo > Récits > Comment Jean de Meung évita la fessée

avatar Olivier34

Visibilité

Tout le monde
Jean Clopinel, dit Jean de Meung, est un poète qui, dans la seconde moitié du XIIIème siècle, donna une suite au célèbre Roman de la rose, chef d’œuvre de l’amour courtois composé par Guillaume de Lorris une trentaine d’années plus tôt. Cette suite est d’un esprit assez différent du poème qui lui avait servi de point de départ. Jean de Meung lui a en effet donné un tour satirique dirigé en particulier contre les ordres religieux, mais aussi contre les femmes dont il se plaît à mettre en évidence les travers et à les railler. La satire de Jean de Meung pousse parfois la misogynie très loin. En témoignent ces vers où il s’adresse avec une particulière brutalité aux dames de la cour :

« Toutes estes, serés, ou fustes
De faict ou de volonté, putes ;
Et qui très bien vous chercheroit
Toutes putes vous trouveroit ».


Ulcérées par ces propos grossièrement injurieux, les dames de la cour demandèrent à plusieurs gentilshommes de conduire jusqu’à elles leur auteur. Pour leur complaire, ces gentilshommes acceptèrent. Ils s’emparèrent donc de Jean de Meung et l’amenèrent de force à la cour où on l’enferma tout d’abord dans une chambre. Puis on vint l’y chercher et on l’entraîna dans une salle où les dames d’honneur de la reine s’étaient assemblées, chacune tenant à la main une poignée de verges. L’une d’entre elles s’avança vers lui et lui tint ces propos :

« Les propos attentatoires à l’honneur des femmes que vous avez tenus mériteraient le plus grave des châtiments. Nous allons cependant nous borner à vous infliger celui qui est dévolu aux jeunes garçons insolents et mal élevés. Chacune d’entre nous va, successivement, vous administrer les verges. Veuillez vous dévêtir complétement ».

Comme Jean de Meung, frappé de stupeur, demeurait immobile, elles se précipitèrent sur lui et, en un tournemain, le dépouillèrent de tout ses vêtements. Le poète misogyne se retrouva tout nu devant ces dames, empli de confusion. Puis on le courba afin d’exposer commodément ses fesses à la correction. C’est alors que Jean de Meung eut une idée de génie. Il demanda la parole et s’adressa aux dames dans les termes suivants :

« Mesdames, j’ai bien conscience du tort que je vous ai causé et je n’entends point me soustraire au châtiment que vous avez décidé de m’infliger. Je l’ai sans doute mérité. Je consens donc à le recevoir humblement, mais je vous supplie seulement de bien vouloir m’accorder une faveur avant de commencer ».

Les dames, toujours très remontées contre lui, n’étaient guère disposées à lui accorder quoi que ce soit, mais les gentilshommes intercédèrent en sa faveur et, finalement, elles y consentirent. Alors Jean de Meung se tourna vers elles et leur dit :

« Gentes Dames, je n’ai qu’une faveur à vous demander avant que vous ne me punissiez : c’est que l’honneur de me donner le premier coup revienne à la plus grande putain de votre compagnie ».

Les dames se regardèrent, interdites et gênées. Et quelque désir qu’elles eussent de fouetter leur insulteur, pas une seule n’osa, après ces paroles, prendre l’initiative de porter à Jean de Meung le premier cinglon. Et c’est ainsi que notre poète misogyne échappa à une fessée pourtant bien méritée.


F/H



Commentaires

avatar francoisfabien
Quel dommage qu'il ait échappé à cette fessée pourtant amplement méritée!
avatar Olivier34
Oui, c'est dommage pour tout le monde : pour les dames offensées, pour lui et ... pour nous !
avatar LF
Et bien je ne suis pas d'accord, je trouve que l'histoire est bien plus belle et plus originale ainsi.

Et le fait qu'il échappe à la fin de sa punition montre que quelque part, même si ses propos injurieux étaient tout à fait déplacés, les dames n'étaient probablement pas indemnes de reproches.

Et puis pour une fois qu'un homme échappe à la sanction, alors que ces dames se débrouillent d'habitude pour y échapper alors que presque tout le monde applaudit à cette clémence injustifiée et sont bien moins et bien moins durement sanctionnées que les hommes pour un même écart (voir études sociologiques, pédagogiques et judiciaires qui vont toutes dans le même sens ), je trouve ça très bien, d'autant qu'il y échappe grâce à son astuce, à son intelligence, et à un coup de poker gagnant en raison d'une remarquable présence d'esprit, et là je dis chapeau !

Il reste quand même qu'il s'est retrouvé enfermé par des gentilshommes peu enclins à la plaisanterie dans une chambre où il a peut-être cru sa dernière heure venue, puis entièrement dévêtu devant l'ensemble de ces dames armées de verges, et qu'il n'est vraiment pas passé loin de leur application : en principe pareille mésaventure n'est pas ce qu'il y a de plus plaisant à vivre et sert en général de leçon suffisante aux personnes intelligentes.
Je suppose qu'en s'échappant, il devait avoir l'air penaud, piteux et qu'il ne l'a plus trop "ramenée" ensuite.

Si cela lui a permis de comprendre qu'il y avait des bornes à ne pas dépasser, même dans la satire, et qu'il fallait montrer un minimum de respect envers le genre humain, qu'il soit masculin ou féminin, alors c'est que la leçon a porté, et qu'il était donc inutile de l'aggraver.
avatar Olivier34
Lorsque je dis qu'il est dommage pour Jean de Meung qu'il ait échappé à la fessée, c'est parce que je suppose que, comme certains (et certaines) d'entre nous, il aurait pu éprouver du plaisir à se voir infliger ce châtiment ...

Vous vous souvenez peut-être de la proposition de Claude Chabrol pour remédier aux maux de la démocratie : « J’ai un remède pour la démocratie : à chaque erreur d’un homme politique, une fessée place de la Concorde !». Mais il ajoutait : "Sauf pour ceux qui aiment ça, bien sûr !".

J'ai donc imaginé que Jean de Meung, en dépit de son appréhension, aurait pu découvrir, en cette circonstance, et à son corps défendant, les émois troublants et les plaisirs vertigineux qui nous réunissent ici. Mais je n'en ai, bien sûr, pas la moindre preuve.

avatar LF
Bien imaginé, Olivier34, mais les circonstances se prêtaient-elles à une découverte de cette facette de la fessée ?
Car il est fort probable, au vu des mœurs du temps, qu'il y avait déjà eu droit, et pas qu'une fois, que la fessée soit loin d'être une découverte pour lui, les apprentissages se faisant presque toujours sous la férule, au sens propre, d'un "maître", la religion appuyant de toutes ses forces cette idée de faire souffrir la chair quand l'esprit était "corrompu".
avatar shlack
Il est vrai qu'à cette époque tout le monde, hommes et femmes, gardaient en eux, dans leur esprit sinon dans leur chair les stigmates liées aux apprentissage mais le fait d'y être a nouveau confronté à leur maturité devait être la preuve d'un terrible rabaissement. Quand ce rabaissement n'était pas cherché volontairement bien entendu.
avatar charliespankered
Une sorte de défi sous forme de pirouette qui n'est pas sans rappeler "que celui qui n'a jamais pêché lui jette la première pierre" .
Certes pour ce qui est de la narration d'une belle et bonne fessée on reste sur sa faim, mais on pourra lire d'autres récits.
On est toujours ou tout du moins souvent prêt à châtier : mais est-on soi-même toujours irréprochable ?
Ces dames d'honneur n'étaient certes pas des putains mais n'étaient pas prêtes à laisser la part au doute. Étaient-elles tout à fait au clair avec elles-mêmes ? au fond d'elles-mêmes ?
Ce poète misogyne n'a-t-il pas eu une belle présence d'esprit ?
Un récit de fessée qui se termine...sans fessée ! original ! mais pas seulement ! Nous voilà pris au piège de la concupiscence, à espérer nous réjouir d'une fessée infligée à autrui.
Est-ce que nous n'en mériterions alors pas une ?

Postez un commentaire


Membres connectés



615 inscrits

Avertissement

Ce site est strictement réservé aux adultes.

Il est question de pratiques entre adultes consentants et en aucun cas de la fessée donnée aux enfants.

Nous condamnons toutes violences conjugales.