Au marché, choses vues et entendues

Au marché, choses vues et entendues

Par cambaceres

Vers la fin des années "1990", durant les vacances, tandis que ma compagne était chez le coiffeur, je déambulais dans les rues d'un petit bourg breton grouillant de monde en ce jour de marché. Je jetais un coup d'oeil aux différents étals. Soudain au détour de l'église, sur une placette, je tombe sur un grand étal de quincaillerie où trônent divers objets hétéroclites. Stupéfait, mes yeux découvrent suspendu tout un lot de martinets. Un frisson me parcoure l'échine me ramenant à mes souvenirs pas toujours agréables d'adolescent. J'ose m'approcher et toucher les lanières de cuir des divers martinets.

- Les martinets vous tentent ; me lance avec le sourire l'une des dames tenant l'étal.
- Disons qu'ils me renvoient à mon lointain passé d'adolescent.
- Je m'en doute. Beaucoup de gens de notre génération en ont fait l'expérience ; c'est moins courant aujourd'hui...Remarquez,on ne s'en portait pas plus mal.
- Il y a encore de la demande ?
- Pas autant qu'avant, mais il reste des adeptes du martinet...Mon mari a récupéré ce lot chez un quincailler qui a pris sa retraite.
- Vos clients vous expliquent leur achat ?
- Pour leur chien bien sûr ! Mais j'en trouve encore qui admettent que c'est pour leurs enfants.

Une dame assez corpulente qui regardait l'étal écoutait la conversation. Elle intervint d'un coup.

- Et comment que les martinets sont toujours bien utiles ! J'en ai toujours un à la maison et ce n'est pas le premier...Mes enfants sont grands maintenant mais il sert encore...Ils ont intérêt à m'obéir et à ne pas me manquer de respect. Mon fils de 18 ans qui est en apprentissage reçoit encore quelques volées de martinet quand il le mérite.

Visiblement assez autoritaire, nous évitons de contrarier cette dame. Elle appelle une jeune fille d'une vingtaine d'années qui se tenait à quelques pas, une petite blonde à grosses lunettes rondes vêtue d'un petit chemisier blanc léger et d'une courte jupe bleu ciel en toile dévoilant une bonne partie de ses cuisses nues. Elle s'approche timidement.
- Voyez, c'est ma fille ; elle a 21 ans et fait des études supérieures de comptabilité. Tant qu'elle vit avec moi sous mon toit, elle doit respecter mes règles familiales et m'obéir. Et malgré son âge, au moindre écart, elle a toujours droit au martinet et elle a intérêt à filer droit.

La jeune fille parait très gênée par la tournure de la conversation où sa mère, sans beaucoup de pudeur, étale une part peu glorieuse de leur vie familiale. M'arrêtant sur ses cuisses nues, je me dis qu'elles doivent toujours connaitre quelques moments cuisants.

Tandis que les deux femmes s'éloignent, la marchande me lance :
- Voilà une mère de famille qui ne doit pas être marrante tous les jours...Je ne voudrais pas être à la place de sa fille.

J'acquiesce, évitant de lui dire qu'à la maison, un martinet dort dans un tiroir mais pour pimenter quelques jeux érotiques avec ma compagne.