Angèle

Angèle

Par francoisfabien

J’ai très bien connu Angèle, la plus âgée des deux femmes ci-dessus. Elle a été mon institutrice dans les années 50, une institutrice très compétente et très efficace avec laquelle je suis resté en contact bien après en avoir terminé avec mes études primaires. Pendant des années et des années, on s’est régulièrement écrit tous les deux et, chaque fois que j’en avais l’occasion, je ne manquais pas de passer lui rendre une petite visite. C’est au cours de l’une d’entre elles qu’elle m’a parlé d’Irène, cette jeune femme qu’elle s’est un jour trouvée dans l’obligation de fesser.
Irène était la fille d’une amie à elle qu’elle a gracieusement hébergée pendant toute la durée de son cursus universitaire.
‒ Oh, elle était gentille, on ne peut pas dire. De ce côté-là, je ne me plains pas, mais alors une vraie souillon ! Tu aurais vu l’état de la cuisine quand elle avait déjeuné, le matin ! Et sa chambre ! Un vrai capharnaüm, sa chambre. Elle y faisait le ménage tous les tournants de lune. T’avais de tout partout entassé n’importe comment à la va-comme-je-te-pousse. Et sous le lit ! Un véritable dépotoir sous le lit. Paquets de gâteaux vides. Assiettes. Revues. Culottes sales. J’en passe, et des meilleures !
Rappelée à l’ordre, Irène a fait des efforts. Elle a nettoyé, rangé, remis en ordre. Deux jours plus tard tout était redevenu exactement comme avant. Angèle s’est armée de patience. Nouveaux rappels à l’ordre. Deux fois. Trois fois. Quatre. Pour toujours le même résultat. Elle s’est alors efforcée de lui faire honte.
‒ Ah, tu peux faire la belle ! Tu peux te pomponner pour aller à la fac. S’ils savaient dans quel état de saleté tu te complais, tes petits camarades !
Ça a porté ses fruits. Un peu plus longtemps que les autres fois. Mais ses mauvaises habitudes ont quand même fini par reprendre le dessus.
‒ En pire encore.
Si bien qu’excédée, un soir, Angèle lui a annoncé, de but en blanc, qu’elle allait lui donner une fessée. À la brosse à cheveux. Une brosse qu’elle lui a brandie sous le nez.
‒ Peut-être qu’avec ça tu vas enfin comprendre…
Irène a écarquillé des yeux stupéfaits.
‒ Hein ? Mais…
‒ Il n’y a pas de mais qui tienne ! Parce que reconnais que c’est mérité. Et pas qu’un peu ! Allez, viens là !
Tétanisée, elle n’a pas bougé.
‒ Tu comprends ce que je te dis ? Tu viens là. Et tu te dépêches !
Sur un tel ton d’évidence, avec une telle autorité naturelle, qu’Irène a obéi, qu’elle s’est approchée, qu’elle s’est docilement laissée déculotter, courber sur les genoux d’Angèle qui a pris tout son temps, qui l’a fait attendre un long moment dans cette humiliante position avant de lui administrer une cuisante et interminable correction.
Irène a crié. Elle a supplié.
‒ S’il vous plaît ! S’il vous plaît ! Ça fait trop mal ! Oh, que ça fait mal !
Mais elle a eu beau battre des jambes, pleurer, sangloter, pousser des hurlements éperdus à fendre l’âme, Angèle s’est montrée intraitable. Elle ne s’est interrompue que lorsqu’elle a estimé, elle, que la punition était suffisante.
‒ Là ! Et j’espère que ça te servira de leçon.

Ça a effectivement porté ses fruits. Parce que, le lendemain, sa chambre était nettoyée de fond en comble. Et impeccablement rangée.
‒ Ah, ben voilà ! Tu vois quand tu veux.
Et, cette fois, ce ne fut pas qu’un feu de paille. Les semaines ont passé. Un mois. Un autre. Sa chambre était toujours dans un état irréprochable.
‒ C’est pas mieux comme ça ? Beaucoup plus agréable pour toi, non ?
Elle l’a reconnu.
‒ Si !
‒ Sans compter qu’il était plus que temps de te corriger de cet insupportable comportement. Tu imagines plus tard sinon ? Avec un mari ? Des enfants ? Ah, ça aurait été quelque chose ! Invivable, oui !
Ça aussi, elle l’a reconnu.
‒ Il est quand même dommage, avoue, que pour arriver à ce résultat, je me sois trouvée dans l’obligation de te fesser comme une gamine de huit ans.
Elle a baissé la tête.
Et Irène a haussé les épaules.
‒ Tu es comme ça, qu’est-ce que tu veux ! Prends-en ton parti. Une bonne fois pour toutes. Il te faut quelqu’un constamment derrière toi pour t’obliger à te prendre en mains et à ne pas laisser partir ta vie à vau-l’eau. Sinon… Tu en es bien consciente, j’espère ?
‒ Je ne sais pas. Peut-être. Je…
‒ C’est comme tes études. T’en es où de tes études ? Tes résultats sont calamiteux, je suis sûre, non ?
‒ C’est-à-dire que…
‒ Va me chercher tes cours. Et tes notes. Que je jette un œil à tout ça.
Elle s’est longuement penchée dessus. A fait la moue.
‒  Mouais… C’est moyen. Très très moyen. Tu peux faire beaucoup mieux. Et tu vas faire beaucoup mieux. On va s’y employer.